Karine Tuil ausculte les fractures sociales de la France contemporaine dans un roman intense et puissant sur les communautarismes et la question des origines. Mais cette journaliste est la deuxième femme d’un magnat de la téléphonie mobile et des médias (mélange de Xavier Niel et de Patrick Drahi) dont la famille, à la sortie des camps, a modifié le patronyme juif et changé de religion. La question identitaire, avec ses tensions et ses crispations, qui assigne aujourd’hui chaque individu à un déterminisme, détruit l’idée même de liberté et d’égalité. Derrière la comédie grimaçante des apparences et les trahisons que fait naître l’âpre compétition pour le pouvoir et ses privilèges, elle ausculte ce qui gangrène le corps social. En romancière accomplie, avec lucidité et gravité, elle pointe la dérive des communautarismes, la concurrence victimaire, l’instabilité et la violence politiques qui fractionnent la société, ruinent le sentiment d’appartenance, au nom de logiques verrouillées dont on entrevoit vers quel funeste avenir elles risquent de nous conduire.
Source: La Croix September 01, 2016 04:41 UTC