Grandir avec une mère institutrice, c’est entendre des comptines chantonnées toute l’année, fabriquer des maracas avec des ampoules et du papier mâché, ne pas galérer pour les gardes durant la longue pause de l’été. Avant les grandes vacances, c’était aussi un peu Noël pour la maîtresse: les petits écoliers venaient en classe les bras chargés de présents et de bouquets, leurs frimousses affichant un air béat de père Noël. Au palmarès du pire des cadeaux de ma maman, durant une carrière longue de plus de 30 ans: le vase-pendule aux couleurs pastel irisé avec ses anses dorées, le tableau rond de coucher de soleil duquel surgit un colibri en relief, la délicate figurine de bergère en porcelaine peinte avec les coudes. Peu de bouteilles pour Madame l’institutrice, les clichés persistent, mais des piles de boîtes de chocolats Merci plus hautes que ma petite maman. Conséquence, pendant des mois, à chaque fois que l’on allait rendre visite à quelqu’un: «Amène-lui donc une boîte de Merci!»
Source: La Liberte July 06, 2020 01:07 UTC